Nous vivons entourés d’écrans. Notifications, messages instantanés, flux continus d’informations : tout arrive vite. Très vite.
Mais plusieurs travaux en sciences cognitives montrent que cette rapidité peut avoir un coût sur l’attention et la profondeur de traitement de l’information.
Et si, pour apprendre durablement, il fallait parfois ralentir ?
Recevoir une lettre — la tenir, l’ouvrir, la lire sans distraction — active des mécanismes cognitifs différents de ceux mobilisés par la lecture sur écran. Et ces différences ne sont pas qu’une impression nostalgique : elles sont documentées.
LIRE SUR PAPIER AMÉLIORE LA COMPRÉHENSION PROFONDE
Une étude menée par Anne Mangen et ses collègues à l’Université de Stavanger a comparé la compréhension de textes lus sur papier et sur écran. Les résultats montrent que les participants ayant lu sur papier obtenaient de meilleurs scores de compréhension globale que ceux ayant lu le même texte en version numérique.
La lecture sur papier semble favoriser une représentation mentale plus cohérente du texte. En d’autres termes : on retient mieux l’ensemble.
Une lettre, par nature, invite à cette lecture continue et attentive.
L'ÉCRITURE MANUSCRITE & LE TRAITEMENT PROFOND DE L'INFORMATION
Dans une étude devenue célèbre, Pam Mueller (Princeton University) et Daniel Oppenheimer (UCLA) ont montré que les étudiants prenant des notes à la main retenaient mieux les concepts que ceux utilisant un ordinateur portable.
Pourquoi ?
Parce que l’écriture manuscrite oblige à reformuler et synthétiser l’information, ce qui favorise un traitement cognitif plus profond.
Même si recevoir une lettre n’est pas écrire, le contact avec le support papier et la lecture lente qu’il induit s’inscrivent dans cette logique de traitement plus profond.
LES ÉCRANS FAVORISENT LA LECTURE FRAGMENTÉE
Nicholas Carr, dans The Shallows: What the Internet Is Doing to Our Brains (2010), s’appuie sur de nombreuses recherches pour montrer que l’environnement numérique encourage une attention fragmentée et une lecture en diagonale.
Il ne s’agit pas de diaboliser les écrans — mais de reconnaître que leur architecture favorise le multitâche et l’interruption.
Une lettre, elle, ne clignote pas. Elle ne notifie pas.
Et cette stabilité favorise la concentration.
L'ÉMOTION RENFORCE LA MÉMORISATION
Les neurosciences ont largement documenté le rôle central de l’émotion dans la consolidation de la mémoire. Les travaux de James L. McGaugh montrent que les événements associés à une activation émotionnelle modérée sont mieux retenus à long terme..
Recevoir une lettre crée une expérience incarnée : anticipation, ouverture, découverte. Cette dimension émotionnelle favorise l’ancrage des informations transmises.
LA NARRATION AUDIO ACTIVE LES ZONES SENSORIELLES DU CERVEAU
Les recherches en neurosciences menées par Uri Hasson (Princeton University) ont montré que lors de l’écoute d’un récit, certaines zones cérébrales s’activent de manière synchronisée entre le narrateur et l’auditeur. La narration stimule également des aires associées à l’expérience sensorielle.
Autrement dit : lorsqu’une histoire est racontée avec intention, le cerveau ne la traite pas comme une simple donnée, mais comme une expérience.
C’est dans cette logique que s’inscrivent Les Archives Sonores des Sœurs Minocha.
La lettre engage la vue et le toucher. La voix engage l’écoute et l’imaginaire. Et l’intrigue engage l’émotion. Cette combinaison multisensorielle favorise un apprentissage plus efficace.
APPRENDRE SANS ÉCRAN, PAS JUSTE UN CHOIX NOSTALGIQUE MAIS AUSSI UN CHOIX COGNITIF
Les écrans sont efficaces. Rapides. Pratiques. Mais les recherches sur la lecture, l’attention et la mémoire montrent qu’ils ne mobilisent pas toujours les mêmes mécanismes que le papier.
Recevoir une lettre, c’est instaurer un cadre. Un temps dédié. Un espace sans interruption. Et l’apprentissage prospère dans ces conditions.
Recevoir une lettre pour apprendre n’est donc pas un geste uniquement nostalgique. C’est une stratégie cognitive cohérente avec ce que nous savons aujourd’hui du fonctionnement de la mémoire.
POUR ALLER PLUS LOIN...
Mangen – Reading linear texts on paper versus computer screen
Mueller & Oppenheimer – The pen is mightier than the keyboard
McGaugh – Memory and Emotion
Hasson – Brain-to-brain coupling
Carr, N. – The Shallows
Mot de l’archiviste
Il est curieux de constater que plus nos messages vont vite, plus ils semblent nous traverser sans laisser de trace.
Une lettre, elle, ne traverse pas. Elle s’installe. Elle attend sur une table. Elle se rouvre. Elle se relit.
Peut-être que l’apprentissage a moins besoin de vitesse… que de présence.
Ouvrons la discussion
Quand avez-vous reçu, pour la dernière fois, un message qui vous a réellement marqué ?
Était-ce via un écran… ou du papier ?
